La Parabole des cuillères

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mullahnasruddinIl y avait une fois Mullah Nasruddin, un prêtre dévoué qui souhaitait voir à la fois le ciel et l’enfer, et Dieu consentit à sa demande.

Alors Dieu ammena le Mullah devant deux portes; deux portes qui ne portait pas de nom. Dieu l’ouvra et le mullah vit devant lui une grande pièce où tout était préparé pour un festin. Il y avait une table, et en son centre un grand plat rempli de nourriture fumante. L’odeur et le fumet excitaient l’appétit.

Des dineurs étaient assis autour de la table et hurlaient de faim: ils avaient en main de grandes cuillères dont la manche excédait la longueur de leurs bars.Ils essayaient de se nourrir tout seuls et abandonnaient, maudissant Dieu, car les cuillères que Dieu leur avait fournies étaient si longues qu’elles ne pouvaient pas atteindre leur visage et mettre la nourriture sur leur langue. Ainsi ils mourraient de faim, alors que leur mets d’abondance se trouvait au milieu d’eux. Le mullah sut que leurs cris étaient les cris de l’enfer, et lorsqu’il comprit cela, la porte se referma devant lui.

Il ferma les yeux pour prier et supplia Dieu de l’éloigner de ce terrible endroit. Puis Dieu ouvrit la deuxième porte, il fut pris de désespoir, car il se pensait devant la même porte, la porte qui ne portait pas de nom. Une fois de plus elle s’ouvrit et donna sur la même pièce. Rien n’avait changé, et il était sur le point de crier d’horreur. Il y avait la table, et au centre le mets fumant, et tout autour il y avait les mêmes personnes, et dans leurs mains les mêmes cuillères.

Et pourtant il n’y avait plus de hurlements, et les cris et les malédictions s’étaient transformés en louanges; rien n’avait changé et pourtant tout avait changé. Car, avec les mêmes longues cuillères ils atteignaient les bouches les uns des autres et se nourrissaient l’un l’autre, et ils rendaient grâce à Dieu.

Et lorsque le prêtre entendit les bénédictions, la porte se referma. Il tomba à genoux, et lui aussi bénit Dieu qui lui avait montré la nature du ciel et de l’enfer, et l’abîme – de la largeur d’un cheveu – qui les sépare.