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La Parabole des cuillères

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mullahnasruddinIl y avait une fois Mullah Nasruddin, un prêtre dévoué qui souhaitait voir à la fois le ciel et l’enfer, et Dieu consentit à sa demande.

Alors Dieu ammena le Mullah devant deux portes; deux portes qui ne portait pas de nom. Dieu l’ouvra et le mullah vit devant lui une grande pièce où tout était préparé pour un festin. Il y avait une table, et en son centre un grand plat rempli de nourriture fumante. L’odeur et le fumet excitaient l’appétit.

Des dineurs étaient assis autour de la table et hurlaient de faim: ils avaient en main de grandes cuillères dont la manche excédait la longueur de leurs bars.Ils essayaient de se nourrir tout seuls et abandonnaient, maudissant Dieu, car les cuillères que Dieu leur avait fournies étaient si longues qu’elles ne pouvaient pas atteindre leur visage et mettre la nourriture sur leur langue. Ainsi ils mourraient de faim, alors que leur mets d’abondance se trouvait au milieu d’eux. Le mullah sut que leurs cris étaient les cris de l’enfer, et lorsqu’il comprit cela, la porte se referma devant lui.

Il ferma les yeux pour prier et supplia Dieu de l’éloigner de ce terrible endroit. Puis Dieu ouvrit la deuxième porte, il fut pris de désespoir, car il se pensait devant la même porte, la porte qui ne portait pas de nom. Une fois de plus elle s’ouvrit et donna sur la même pièce. Rien n’avait changé, et il était sur le point de crier d’horreur. Il y avait la table, et au centre le mets fumant, et tout autour il y avait les mêmes personnes, et dans leurs mains les mêmes cuillères.

Et pourtant il n’y avait plus de hurlements, et les cris et les malédictions s’étaient transformés en louanges; rien n’avait changé et pourtant tout avait changé. Car, avec les mêmes longues cuillères ils atteignaient les bouches les uns des autres et se nourrissaient l’un l’autre, et ils rendaient grâce à Dieu.

Et lorsque le prêtre entendit les bénédictions, la porte se referma. Il tomba à genoux, et lui aussi bénit Dieu qui lui avait montré la nature du ciel et de l’enfer, et l’abîme – de la largeur d’un cheveu – qui les sépare.

La dame du Condé

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philippederudder_moloExtrait de « Les Monnaies locales complémentaires : pourquoi, comment ? » de Philippe Derudder – éditions Yves Michel. Cette histoire est inspirée de celle conçue par Jacques Dartan et connue sous le nom de « la dame de Condé ».

 

 

 

 

 


 

dame du condeNous sommes dans un village qui pourrait se situer n’importe où et où l’hôtel, appelons-le des Voyageurs, trône en face de la gare. Je dis « trône » car c’est le lieu où les villageois ont plaisir à se retrouver pour échanger les derniers potins, commenter l’actualité, passer un bon moment entre amis. Ce matin-là, entre une dame. Elle explique à l’hôtelier qu’elle est là pour affaire mais que n’étant pas certaine d’être à l’heure pour le dernier train, elle préfère réserver une chambre par précaution.
« Nous sommes là pour ça, chère madame! », lui répond l’aubergiste dans un large sourire.
La dame lui tend alors un billet de cinquante euros et s’excuse pour la petite déchirure, là en haut, qu’elle a rafistolé avec un bout de scotch.
Toujours en souriant, l’hôtelier prend le billet; « Pas de problème madame, ça fera bien l’affaire! »
Le boulanger, qui assistait à la scène en sirotant son café, arrête l’homme dans son geste alors qu’il s’apprêtait à mettre le billet dans sa caisse.
« Roger, tu sais que tu me dois cinquante euros pour le gâteau d’anniversaire de ta fille, alors je crois
que ce billet sera tout aussi bien dans ma poche que dans la tienne! »
Roger s’exécute de bonne grâce. Le boulanger finit doucement son café et retourne à son magasin. Chemin faisant, il passe devant la clinique dentaire ou son dentiste entre justement. Il le salue et, se tapant sur front lui dit:
« Mais au fait je te dois mon dernier examen, cinquante euros je crois ? »
« Exactement ! », répond le dentiste. Le boulanger fouille dans sa poche et en ressort le billet qu’il tend au dentiste. Plus tard dans la journée, celui-ci sort faire une course et passant dans la rue de son garagiste, il en profite pour lui régler ce qu’il lui devait, devinez ? Cinquante euros pour la récente vidange de sa voiture. Le garagiste tout satisfait tend le billet qu’il vient  de recevoir au représentant en savon liquide qui se trouvait justement là et à qui il devait la même somme. À la fin de son rendez-vous avec le garagiste, le représentant consulte sa montre et constate que la journée est bien avancée.
« Inutile d’aller plus loin », dit-il, « je vais aller passer la nuit à l’hôtel des Voyageurs ».
Voilà donc notre représentant qui se présente à l’hôtel, mais l’aubergiste lève les bras au ciel
« Désolé mon pauvre Monsieur, l’hôtel est plein, je n’ai plus de chambre ».
« Mais si ! » entend-on, alors que la porte s’ouvre sur  la dame du matin. « Regardez, j’ai largement le temps d’attraper le dernier train, donnez donc ma chambre à Monsieur ! »
Tout s’arrange pour le mieux. Le représentant, ravi, donne les cinquante euros à Roger, qui redonne
immédiatement le billet à la dame. Celle-ci reconnait le billet à sa petite déchirure rafistolée. Elle sourit et devant l’assistance médusée, elle le déchire.
« Mais que faites-vous donc ? », s’exclame 1’hôtelier, « êtes-vous assez riche pour déchirer les billets de 50 euros ? »
« Ne vous en faites pas, dit-elle en riant, il était faux !… »

Quel enseignement tirer de cette histoire ? Cette monnaie de singe a réglé les dettes de cette petite
communauté. Car même après avoir appris que le billet était faux, cela n’a rien changé au fait que tout le monde est satisfait et estime avoir été payé. C’est que la monnaie, voyez-vous, contrairement à ce que nous pensons, n’a aucune valeur en soi. Ce n’est qu’un peu d’encre sur un bout de papier, ou mieux encore, quelques électrons qui se promènent sur un écran d’ordinateur. En réalité la valeur de la monnaie réside dans notre certitude qu’elle va être acceptée par tous les autres membres de la communauté. Si j’accepte la monnaie en paiement de mon travail, c’est parce que je sais que les autres vont l’accepter. On peut en déduire que la monnaie est une simple convention sociale fondée sur la confiance. Il suffit qu’un groupe de personnes se mette d’accord sur une unité de compte et que tous les membres du groupe s’engagent à l’accepter.


 

Le Démon Cratès

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Vladimir Megré « Anastasia 8.1 », p.69ff.

demoncratiusLes esclaves marchaient lentement l’un après l’autre, chaque portant une pierre taillée. Les quatre chaînes d’une longueur d’un demi kilomètre chacune, entre les tailleurs de pierre et l’endroit ou le
chantier commençait, étaient surveillées par des soldats. Un soldat armé pour dix esclaves. Cratès, un
des prêtres suprêmes, était assis à coté sur une tour des pierres taillées d’une hauteur de 13 mètres ;
depuis quatre mois il observait silencieusement les événements. Personne ne le distrayait, personne
n’osait interrompre le cours de ses pensées même par un regard. Les esclaves et les soldats percevaient
la tour en pierre avec le trône au dessus comme il faisant partie immuable du paysage. Plus personne ne
remarquait l’homme qui tantôt restait assis sur son trône, tantôt faisait quelques pas autour.
Cratès s’est mis pour but de réorganiser l’état; de consolider le pouvoir des prêtres pour des millénaires
à venir, de soumettre tous les humains sur la Terre, de faire de tous, y compris les chefs d’état, des
esclaves soumis aux prêtres.
Un jour Cratès descendit en bas, laissant sur son trône son sosie. Il changeât ses vêtements, enleva sa
perruque et demanda au chef de la garde de l’enchaîner et de l’enserrer dans la chaîne de travail à coté
d’un jeun et vigoureux esclave, nommé Nardus.
En l’observant attentivement, Cratès remarqua que le jeune homme avait un regard perçant et
instigateur, et non pas perdu et indécis comme la plupart des autres esclaves. Il paressait tantôt pensif,
tantôt agité.  »Celui concocte quelque chose dans sa tête » – conclut le prêtre. Il décida de vérifier si son
observation était exacte.
Pendant deux jours Cratès observa Nardus en traînant les pierres en silence, resta à son coté pendant les
heures de repas et de repos, dormit à ces cotés sur les planches. À la troisième nuit, après la commande
 »Dormir! », Cratès se retourna vers Nardus et murmura avec amertume, comme s’il parlait à lui-même :
 »Est-ce que ça va continuer toute notre vie comme ça? »
Le jeune esclave sursauta et se tourna immédiatement vers lui, ses yeux brillaient. Ils scintillaient
même à la vague lumière de la lampe dans le dortoir obscure.  »Cela ne va pas durer encore long temps.
J’ai un plan. Toi, vieillard, tu peux aussi participer » , chuchota le jeune esclave dans son oreille.
 »Quel plan? », soupirait le prêtre, faisant semblant d’être indifférent.
Nardus se mit à lui raconter avec passion et conviction:  »Toi, vieillard, et moi, et nous tous nous serons
à bientôt des hommes libres, et non pas des esclaves. Regarde, vieillard, à chaque dix esclaves revient
un soldat gardien. Pour les quinze esclaves qui s’occupent de la nourriture et de la couture, il y en a un
aussi. Si nous les attaquons tous ensemble en même temps, nous allons les vaincre, même si les soldats
sont armés, et nous – enchaînés. Nous sommes dix pour chaque soldat, nous pouvons utiliser nos
chaînes comme une arme ou pour se protéger de leurs glaives. Nous allons désarmer tous les soldats,
les attacher et prendre leurs armes. »
 »Eh, jeune homme », soupira de nouveau Cratès, sans enthousiasme,  »ton plan n’est pas suffisamment
réfléchi. Peut être que nous arriverons à désarmer les gardes qui nous surveillent, mais d’autres vont
venir, peut être toute une armée, et ils tueront les esclaves révoltés. »
 »J’ai pensé aussi à ça, vieillard. Il faut choisir le moment, quand l’armée n’est pas là. Et ce moment
approche. Nous voyons tous, que l’armée se prépare pour une guerre. Ils préparent des provisions
pour une route de trois mois environs. Cela veut dire, dans trois mois l’armée sera à trois mois de route
d’ici, elle va mener des batailles, elle va s’affaiblir, mais elle vaincra et amènera beaucoup de
nouveaux esclaves. Ils sont en train déjà de construire des nouveaux baraquements pour eux. Nous
devons désarmer nos gardes au moment ou l’armée commencera la bataille. Il faut compter un mois pour que les messagers arrivent à rejoindre l’armée et les appeler à retourner ici. L’armée affaiblie
devra faire la route pendant trois mois encore pour retourner. Pendant ces quatre mois nous arriverons
à nous préparer pour leur arrivée. Nous ne serons pas moins nombreux que l’armée. Les nouveaux
esclaves voudront nous rejoindre, quand ils verront ce qui se passe. J’ai tout calculé, vieillard. »
 »Oui, jeune homme, avec tes intentions, avec ce plan tu arriveras à désarmer les gardes et vaincre
l’armée », répondit le prêtre l’air convaincu,  »mais que vont faire les esclaves, que va se passer avec les
gouverneurs, les gardes et les soldats? »
 »Je n’ai pas beaucoup réfléchi à ça. Mais il y a une idée qui me vient à la tête : tous les esclaves ne le
seront plus. Tous ceux qui n’étaient pas des esclaves avant, deviendront des esclaves. », répondit
Nardus, pas tout à fait sure de lui-même, comme s’il réfléchissait à haute voix.
 »Et les prêtres? Dit mois jeune homme, tu vas les mettre avec les esclaves ou avec les non-esclaves
après ta victoire? »
 »Les prêtres ? Je n’ai même pas y pensé. Mais je pense maintenant – qu’ils restent comme auparavant.
Ils se font entendre par les esclaves et par les gouverneurs. Même si il n’est pas toujours facile à les
comprendre, je pense qu’ils sont inoffensifs. Laissons les parler de Dieu, notre vie nous savons mieux
qu’eux comment la vivre. »
 »Mieux qu’eux? C’est bien », répondit le prêtre déguisé en esclave, en faisant semblant de bailler.
Cratès ne ferma pas d’œil toute la nuit. Il réfléchissait.  »Bien sur », pensait il,  »la chose la plus simple
sera d’informer le gouverneur et de enfermer le jeune esclave; apparemment c’est lui le principal
incitateur. Mais cela ne va pas résoudre le problème. Le désir d’être libres sera toujours présent chez
les esclaves. Des nouveaux instigateurs vont apparaître, avec des nouveaux plans. La menace pour le
gouvernement sera toujours présente à l’intérieur du pays. »
Cratès avait une tache – élaborer un plan de mettre en esclavage le monde entier. Il comprit – il ne
pourra jamais atteindre ce but par l’usage de la force physique et la contrainte. Il faudra agir sur la
psychologie de chaque humain, de nations entières. Il faut transformer leur façon de penser, de leur
faire croire que l’esclavage c’est bien. Il faut élaborer un programme, qui se propage et progresse de
soi-même, qui va désorienter des peuples entiers dans l’espace, le temps et dans les concepts. Mais la
chose la plus importante – une perception de la réalité adéquate. Les pensées de Cratès s’accéléraient,
elles coulaient de plus en plus vite, il ne sentait plus son corps, ni les lourdes chaînes autour ses
poignées et ses chevilles. Soudain, comme une flèche, le plan lui apparut – pas encore en détails, sans
explications, mais d’une forte présence, et il s’extasiait devant cette force. Cratès se sentit comme le
seul souverain du monde.
Le prêtre restait allongé sur les planches dans ces chaînes et s’extasiait devant son propre génie:
 »Demain matin, quand nous partirons au travail, je donnerais le signe au chef de la garde, il me fera
sortir de la colonne des esclaves et enlever mes chaînes. Je vais détailler mon programme, je vais
prononcer quelques mots et le monde va commencer à changer. Incroyable! Seulement quelques
phrases, et je soumettrais le monde entier. Vraiment, Dieu a donné à l’humain une force sans égale
dans tout l’Univers. Cette force est la pensée humaine. Elle produit les paroles et change le cours de
l’histoire.
La situation est excellente. Les esclaves préparent un plan de soulèvement. Il est rationnel, ce plan, et
il pourra leur apporter pour un petit moment une amélioration dans leur condition. Et moi, avec
seulement quelques mots, je vais les asservir tous, et pas seulement eux, mais aussi leur descendants, et
leurs gouverneurs aussi, pour des milliers d’années à venir! »
Le lendemain matin le chef de la garde libéra Cratès de ces chaînes. Le jour suivant il rassembla autour
de son trône sur le sommet de la tour en pierres les autres cinq prêtres et le Pharaon. Cratès entama son discours:
 »Tout ce que vous allez entendre maintenant, ne doit être ni noté par écrit, ni raconté ailleurs. Autour
de nous il n’y a pas des murs, personne sauf vous ne peut m’entendre.
J’ai trouvé le moyen de transformer tous les êtres humains vivants sur cette terre en esclaves de notre
Pharaon. Imaginez;  faire cela même avec une grande armée et de longues guerres épuisantes c’est
impossible!
Moi, je vais le faire avec seulement quelques phrases. Seulement deux jours après avoir prononcé ces
phrases, vous allez vous apercevoir comment le monde commence à changer. Regardez en bas – des
longues colonnes des esclaves enchaînés, traînant chacun une pierre. Ils sont gardés par des nombreux
soldats. Nous avons l’habitude de penser – plus des esclaves, mieux c’est. Mais, plus des esclaves, plus
de risques de soulèvement également. Nous augmentons alors le nombre des gardes. Nous devons
nourrir bien ces esclaves, pour qu’ils puissent faire ce travail dur. Malgré cela ils deviennent de plus
en plus paresseux et pensent aux révoltes. Regardez comme ils se meuvent mollement, les gardes ne les
poussent pas au travail et ils ne les battent même pas!
Mais…ils vont commencer à bouger très vite. Ils n’auront point besoin d’être surveillés. Les gardes
vont devenir des esclaves eux aussi.
Nous ferons ceci – demain avant le coucher du soleil les crieurs vont annoncer le décret du Pharaon,
le voici :  »Dès demain à l’aube le Pharaon rend à tous les esclaves leur entière liberté. Pour chaque
pierre taillée, apportée à la ville, l’homme libre recevra une pièce d’argent. Les pièces peuvent être
échangées contre nourriture, vêtements, maison, palais et même une ville entière. Dès aujourd’hui,
vous étés libres! »
Quand les prêtres se rendirent compte de ce que représente le plan de Cratès, le plus âgé parmi eux
prononça:  »Tu es un démon, Cratès. Le démonisme de ton plan va envahir les peuples. » –  »Que je sois
un démon, que mon projet s’appelle « démocratie » dans l’avenir! »
Le lendemain au coucher du soleil le décret fit annoncé aux esclaves. Ils étaient stupéfaits, beaucoup
d’entre eux n’arrivèrent pas à fermer l’œil la nuit, en pensant de la vie heureuse que se désignait dans
leur avenir.
Le jour d’après les prêtres et le Pharaon se rassemblèrent de nouveau autour du trône de Cratès. Ce que
se passait devant leurs yeux, dépassait toute imagination. Des milliers d’hommes, anciens esclaves,
transportaient à vive allure ces mêmes pierres. Tout en sueur, certains transportaient même deux à la
fois. D’autres, transportant par une seule pierre, courraient la mettre sur la pile et chercher la suivante.
Quelques anciens soldats aussi traînaient des pierres. Des hommes, qui se considéraient libres – par ce
que on les enleva les chaînes – ces hommes s’efforçaient de gagner le plus possible de ces pièces
ardemment désirées pour avoir une vie heureuse.
Cratès resta à sa place sur la tour en pierres, observant avec satisfaction ce que se passe en bas. Et les
changements étaient colossaux. Une partie des esclaves s’associa en petits groupes, fabriqua des plate
formes sur roues, ou ils chargeaient plein des pierres et les poussaient, nageant en sueur.
 »Ils vont encore faire plein d’inventions », se dit Cratès avec satisfaction.  »Voici apparaissent les
services internes – des livreurs distribuent de l’eau et de la nourriture. Certains esclaves mangeaient
en travaillant, sans vouloir perdre du temps pour aller manger dans les baraques et payaient aux
livreurs avec les pièces d’argent. Des médecins apparurent également, pour soigner sur place les
accidentés, toujours contre payement. Les esclaves choisirent aussi des contrôleurs de la circulation. A
bien tôt ils vont choisir des chefs, des juges. Qu’ils choisissent – ils se considèrent libres, mais
l’essentiel n’a pas changé – ils continuent de transporter des pierres…! »
Et ainsi ils courent toujours depuis des milliers d’années, en sueur, en traînant, en poussant les lourdes
pierres. Et encore aujourd’hui leurs descendants continuent leur course insensée.

fedds« D’un côté nous avons les gens qui labourent et transportent des pierres comme des esclaves. Et il y a les autres qui sont en charge  du transport – ou dans les termes d’aujourd’hui, qui gèrent les opérations. »
« Mais gérer après tout est encore « travailler » et encore plus souvent un travail plus complexe que l’esclavage évident ». »Oui dans ce sens tu as raison: les entrepreneurs ont un peu plus à penser. Leurs pensées sont occupées du matin au soir. Alors est-ce que ça veut dire que les pharaons, les présidents et les chanceliers sont des esclaves, eux aussi? »
« Oui c’est ça. Mêmes les prêtres (qui sont à l’origine de ce complot) sont devenus des esclaves, ceux qui ont concocté toute cette magouille ».
« Mais où il y a des esclaves – il doit y avoir des propriétaires d’esclaves. Qui sont eux, si tu n’inclus même pas les prêtres dans cette catégorie? »
« Le propriétaire des esclaves est justement les gens virtuels qui ont été crée par les gens en chair et os, eux-mêmes. Et les gardiens sont à l’intérieur des têtes de la plupart des gens; et ils les fouettent et il les font faire de la monnaie. »
« C’est vraiment triste tout ça », j’observais, « et il semble qu’il n’y a pas d’issue. Pendant les millénaires passés des empires sont émergés et disparuts, des religions et des lois ont changés – mais pour vrai dire: rien n’a changé. L’homme est resté l’esclave qu’il était dès ce début. Dis-moi, est-ce qu’il y a un moyen de changer cette situation? »
« Oui »
« Comment? Et qui peut le faire? »
« L’image »
« Qu’est-ce que tu veux dire, l’image? Quelle sorte d’image? »
« L’image qui propose aux gens une situation différente. »


 

Laïcisme et la religion capitaliste

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bernardfriotSynopsis des discours de Bernard Friot: Religion Capitaliste & Laïcité sur youtube: partie 1 et partie 2

Le mot « laïcité » vient du mot grec « laios » qui veut dire « peuple » en opposition du « chef »; donc « laïcisme » se traduit meilleur en « souveraineté du peuple ».

Dans les croyances de la religion du capitalisme il y a cinq qui doivent être démasquées pour établir la souveraineté du peuple. Ces 5 croyances se réfèrent surtout sur le plan de l’économie, car c’est dans l’économie où on va trouver les conditions de la dite souveraineté. Voici les 5 croyances:

  1. « Le patrimoine est la source de la richesse (revenues) ».
    La Réalité est que seul le travail peut créer de la valeur; une possession en soi ne peut jamais produire quoi que ce soit. Donc c’est le travail, dont la valeur est usurpé par le propriétaire qui crée sa richesse.
  2. « La croyance dans le marché du travail »
    Seul la participation au marché du travail crée un salaire; donc si un travail est productif dépend selon cette croyance du fait si oui ou non l’occupation se fait à l’intérieur du marché du travail; ainsi une mère qui enlève ses enfants, un vieux retraité, un handicapé, un chômeur etc ne font pas du travail car ils ne sont pas intégré au marché du travail.
    L’antidote à cette croyance est le salaire de base qui découple le travail de la rémunération et le montre comme expression de notre créativité.
  3. « Le crédit est inévitable »
    C’est la croyance qu’il nous faut un prêteur pour créer un emploi, une production, un projet. Mais d’où vient le capital qui est prêté? Évidemment ce capital peut seulement venir du travail: le patron pique une partie des revenues générés par le travailleur pour l’investir ou prêter; donc c’est notre travail qui crée le capital et non le crédit.
    L’antidote c’est la réappropriation du capital généré par le travail qui peut être ensuite utilisé pour subventionner les services sociaux par exemple.
  4. « Le profit dépend de la réduction du (temps du) travail. »
    La croyance que la réduction du temps de travail investit augmente le profit; c’est aussi la raison pour la « rationalisation ». De l’autre côté une machine ne peut produire de valeur; seulement le travail le peut. Sous cette croyance c’est le temps qui détermine le salaire.
    L’antidote serait que la qualification, la formation détermine le salaire.
  5. « Les services sociaux sont financés en solidarité »
    Ça veut dire que ce sont les salaries qui travaillent actuellement renoncent à une partie de leur salaire pour payer les gens « non-productif » ou « qui ne travaillent pas » (selon la croyance #2). La classe des capitalistes ne participent pas à cette acte de solidarité.